Mal gérée, elle provoque rapidement des réclamations, des corrections tardives et des échanges complexes avec les organismes assureurs. Bien encadrée, elle permet au dirigeant et à son cabinet de conserver une maîtrise complète des sorties de personnel, sans imprécisions ni reprises de dossiers des mois plus tard.
Ce guide détaille les règles de la portabilité, les cas concrets selon les types de contrats et les points de vigilance opérationnels pour traiter ce sujet avec méthode et sécurité, dans une lecture juridiquement à jour en 2026.
Instaurée par la loi de sécurisation de l’emploi de 2013 et encadrée par l’article L.911-8 du Code de la sécurité sociale, la portabilité repose sur un principe de solidarité au sein du contrat collectif.
Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas l’entreprise qui finance directement la couverture santé complémentaire de son ancien salarié au moment de son départ. Le coût du dispositif est mutualisé dans l’équilibre global du contrat collectif, via les cotisations versées par les salariés actifs et l’employeur pendant la période d’activité.
Pour une TPE, cela signifie qu’aucune cotisation spécifique ni sortie de trésorerie immédiate n’est appelée au moment de la rupture du contrat. La portabilité constitue ainsi un droit déjà financé en amont par le fonctionnement du régime collectif.
Le maintien des garanties est totalement gratuit pour l’ancien salarié pendant toute la durée légale de la portabilité. Cette gratuité est l’un des piliers de la protection sociale complémentaire en France.
Il est toutefois important de comprendre que, si aucun coût n’est facturé au moment du départ, les prestations consommées par les anciens salariés en portabilité restent intégrées dans l’équilibre général du contrat collectif.
Il est fréquent de réduire la portabilité à la mutuelle santé. Or, elle concerne tout autant la prévoyance collective. Cela inclut le maintien des garanties en cas de décès, d’incapacité de travail ou d’invalidité.
Pour l’employeur, cet aspect est encore plus sensible que la santé : un ancien salarié qui deviendrait invalide durant sa période de portabilité sans avoir été correctement déclaré pourrait se retourner contre son ancienne entreprise si l’assureur refusait sa prise en charge.
Le droit à la portabilité n’est pas automatique. Il est soumis à des critères cumulatifs stricts que l’employeur doit vérifier pour éviter toute erreur de déclaration.
La condition déterminante est que la rupture du contrat de travail ouvre droit à une indemnisation par l’assurance chômage. Cela englobe la quasi-totalité des fins de contrat, à l’exception de la démission, sauf lorsqu’elle est reconnue comme légitime par France Travail.
Sont notamment concernés :
Il est important de noter que la faute grave n’exclut pas le salarié du bénéfice de la portabilité. Seule la faute lourde, caractérisée par une intention de nuire à l’entreprise, permet à l’employeur de refuser ce droit.
Le bénéficiaire doit avoir été effectivement couvert par le régime de l’entreprise avant la date de fin de son contrat.
Dans une TPE, certains salariés peuvent bénéficier de dispenses d’adhésion (couverture par le conjoint, bénéficiaire de la CSS, etc.). Lorsqu’un salarié n’était pas affilié à la mutuelle durant son activité, il ne peut pas prétendre à la portabilité à son départ. La portabilité prolonge une couverture existante ; elle ne crée pas un nouveau droit.
La durée du maintien des garanties est proportionnelle à la durée du dernier contrat de travail, ou des contrats successifs lorsqu’ils se sont enchaînés chez le même employeur sans interruption.
La durée est calculée en mois entiers, arrondie au chiffre supérieur. Toutefois, la loi fixe un plafond absolu de 12 mois, quelle que soit l’ancienneté du salarié.
Exemples :
Pour les TPE ayant recours à l’apprentissage ou aux contrats courts, la portabilité constitue un filet de sécurité important.
Un apprenti dont le contrat arrive à échéance après deux ans bénéficie de 12 mois de couverture gratuite, sous réserve de son inscription à France Travail. À l’inverse, pour des contrats très courts, la portabilité est limitée à un mois.
La gestion de la portabilité est une obligation de « moyens » et de « résultat » en matière d’information. En tant qu’employeur, vous êtes le premier maillon de la chaîne.
C’est l’obligation la plus visible. Le certificat de travail remis au salarié doit comporter une information claire et explicite relative au maintien des garanties de santé et de prévoyance.
En cas d’omission ou d’information insuffisante, le salarié peut engager la responsabilité de l’employeur et solliciter réparation du préjudice subi, y compris en l’absence de dépenses de santé effectives.
La déclaration de fin de contrat via la DSN permet d’informer l’organisme assureur de la rupture du contrat et déclenche le traitement du dossier de portabilité.
Dans les petites structures, où la paie peut parfois être traitée avec un léger décalage, il est recommandé de sécuriser cette information par un second canal (portail assureur ou notification écrite), notamment lorsque le salarié a des soins en cours.
Imaginez qu’un ancien salarié, non informé de ses droits, ne fournisse pas ses justificatifs à l’assureur. S’il subit une hospitalisation lourde, il pourrait tenter de démontrer que votre manque de clarté administrative l’a empêché de bénéficier de sa couverture. La jurisprudence est de plus en plus sévère : l’employeur peut être condamné à prendre en charge les frais de santé à la place de l’assureur si le processus d’information a été défaillant.
La gestion de la portabilité soulève des questions pratiques qui reviennent souvent lors des contrôles ou des audits de paie.
Si votre contrat de mutuelle TPE est de type « Famille » (couvrant obligatoirement le conjoint et les enfants), la portabilité s’étend gratuitement à l’ensemble de la famille.
En revanche, lorsque la couverture des ayants droit était facultative et financée exclusivement par le salarié pendant sa période d’activité, leur maintien au titre de la portabilité dépend des dispositions prévues au contrat collectif. Dans ce cas, les ayants droit peuvent bénéficier de la portabilité, selon les modalités définies par l’assureur, notamment en matière de financement. Il convient donc de vérifier précisément ce point dans la notice d’information.
C’est un scénario classique en B2B : vous trouvez un assureur moins cher ou plus performant et vous résiliez votre contrat actuel au 31 décembre. Si des anciens salariés sont en cours de portabilité, leurs droits doivent être repris par le nouvel assureur dans le cadre du contrat collectif.
Ce principe de continuité implique que le nouvel organisme ne peut pas exclure les anciens salariés bénéficiant de la portabilité, ceux-ci faisant partie intégrante de la collectivité assurée. En pratique, cette reprise nécessite toutefois une vigilance particulière lors du changement d’assureur afin d’éviter toute rupture de couverture.
En cas de disparition de l’entreprise (liquidation sans poursuite d’activité), la situation est plus complexe. Si le contrat d’assurance est résilié, notamment faute de paiement des primes ou du fait de la disparition de l’entité juridique, le maintien des garanties peut prendre fin.
Il s’agit de l’un des rares cas dans lesquels la portabilité peut s’éteindre malgré l’ouverture initiale des droits.
S’il est vrai que la portabilité est gratuite au moment du départ, elle n’est pas sans impact à long terme pour la TPE. Les assureurs surveillent de près le ratio entre les cotisations perçues et les remboursements effectués (le ratio P/C).
Les anciens salariés en portabilité continuent de consommer des soins, et ces prestations sont intégrées dans l’équilibre global du contrat collectif. En cas de turn-over important et de consommation significative durant la période de portabilité, ces éléments peuvent être pris en compte par l’assureur lors de l’analyse du contrat.
Dans ce contexte, l’assureur peut être amené à justifier une augmentation des tarifs de l’ensemble du contrat lors de l’échéance suivante. Gérer la portabilité, c’est aussi comprendre qu’elle peut influencer le coût futur de votre protection sociale, sans générer de cotisation spécifique au moment du départ.
La portabilité gratuite prend fin dans trois situations : la reprise d’un emploi, la cessation de l’indemnisation chômage ou l’atteinte du plafond de 12 mois. Toutefois, la protection du salarié ne s’arrête pas nécessairement à cette échéance.
À l’issue de la portabilité, l’assureur a l’obligation de proposer à l’ancien salarié, dans un délai de deux mois, le maintien de sa couverture à titre individuel. Le contrat devient alors payant et intégralement à la charge de l’ancien salarié.
Pour protéger le pouvoir d’achat des anciens salariés (et des retraités), la Loi Évin plafonne les tarifs :
En tant qu’employeur, informer le salarié de cette transition permet d’anticiper ses questions et de démontrer votre expertise sur le sujet jusqu’au bout de la relation contractuelle.
La portabilité concentre plusieurs opérations sensibles : dates de fin de contrat, ouverture des droits chômage, maintien des garanties, suivi des échéances, conservation des justificatifs et cohérence avec la paie. Dans une TPE, ces tâches s’additionnent aux obligations quotidiennes et reposent souvent sur des circuits manuels : mails, fichiers de suivi, échanges dispersés avec les organismes assureurs.
Ce fonctionnement expose l’entreprise à des erreurs de date, à des ruptures de couverture non conformes ou à des maintiens injustifiés difficiles à corriger a posteriori. Plus les effectifs évoluent, plus ces risques augmentent, en particulier dans les secteurs à contrats courts et à rotation fréquente.
mySilae Santé répond à ces contraintes en centralisant la gestion de la mutuelle et de la prévoyance dans l’outil de paie, avec un contrat standard par convention collective et un pilotage structuré des affiliations, des dispenses, des changements de statut et des justificatifs. Les informations liées à la portabilité restent ainsi rattachées au dossier salarié, accessibles à tout moment et cohérentes avec les données sociales et la paie.
Pour le dirigeant de TPE comme pour le cabinet prescripteur, ce fonctionnement contribue à sécuriser les sorties de contrat, à réduire la charge administrative et à limiter les reprises de dossiers tardives. La portabilité devient alors un processus mieux maîtrisé, sans dépendance à des outils parallèles ni reconstitutions complexes plusieurs mois après le départ d’un salarié.
Pour une TPE, la portabilité de la mutuelle et de la prévoyance est souvent perçue comme une complexité administrative supplémentaire. Pourtant, lorsqu’elle est correctement maîtrisée, elle permet de sécuriser juridiquement l’entreprise tout en offrant une sortie protectrice aux collaborateurs.
Une gestion fluide de la portabilité limite les tensions post-rupture et contribue à préserver la réputation de l’entreprise. Dans un écosystème B2B où les experts-comptables et les courtiers sont particulièrement attentifs à la conformité des dossiers, la rigueur en matière de santé et de prévoyance constitue un véritable gage de sérieux et de pérennité.
Orientez le salarié vers la notice d’information de l’assureur dès l’entretien de rupture afin de sécuriser l’information transmise.
La portabilité s’ouvre automatiquement dès lors que les conditions légales sont réunies et que votre employeur déclare la fin de votre contrat de travail. Aucune demande formelle n’est en principe nécessaire de votre part pour bénéficier de ce dispositif.
En revanche, vous devez justifier de votre droit à l’indemnisation chômage auprès de l’organisme assureur. Cette justification prend généralement la forme de l’attestation France Travail, disponible dans votre espace personnel en ligne après votre inscription.
Selon les pratiques de l’assureur, cette attestation peut être demandée de manière régulière afin de vérifier le maintien de vos droits. À défaut de transmission des justificatifs requis, la couverture peut être suspendue.
Vos ayants droit bénéficient du même maintien s’ils étaient couverts par le contrat collectif avant la rupture, notamment dans le cadre d’un régime famille obligatoire.
Il est donc recommandé de conserver l’ensemble de vos justificatifs et de respecter les délais de transmission afin d’éviter toute interruption de couverture.