Quand les taux d’augmentation sont presque identiques, la tentation est grande d’y voir un signe d’équilibre. Pourtant, cette lecture peut être trompeuse. Une politique d’augmentation peut sembler neutre tout en laissant subsister, voire en reproduisant, des écarts de salaire déjà présents dans l’organisation.
C’est précisément ce que met en lumière le Baromètre social de Silae : si les femmes et les hommes sont augmentés dans des proportions très proches, cela ne signifie pas que l’égalité salariale est acquise. L’enjeu se déplace alors vers les mécanismes plus profonds de la rémunération.
Les données du baromètre montrent que 36,34 % des hommes ont été augmentés, contre 36,10 % des femmes. L’écart n’est « que » de 0,24 point. Pris isolément, ce chiffre pourrait laisser penser que les politiques d’augmentation sont quasiment alignées entre les sexes.
Mais cette proximité apparente ne dit pas tout. Une augmentation appliquée sur un salaire déjà plus élevé n’a pas le même effet qu’une augmentation appliquée sur un salaire plus bas. Autrement dit, une égalité de traitement en pourcentage ne garantit pas une égalité de résultat en euros.
L’augmentation annuelle agit souvent comme un amplificateur discret des écarts préexistants. Si les salaires de départ, les niveaux de responsabilité ou les trajectoires de carrière sont différents, le simple fait d’augmenter « à égalité » ne corrige pas ces déséquilibres.
L’erreur classique consiste à confondre équité de traitement et égalité de résultat. Deux salariés augmentés du même pourcentage ne voient pas nécessairement leur écart se réduire. Si l’un part d’une base plus élevée, l’écart absolu peut même rester important après revalorisation.
C’est là que la lecture RH devient essentielle. Une politique salariale peut être « neutre » dans sa forme, mais insuffisante dans ses effets. Pour progresser réellement sur l’égalité salariale, il faut regarder l’ensemble de la chaîne de décision : embauche, positionnement initial, évolution, promotion et revalorisation.
Une femme est rémunérée 36 000 euros brut annuels, un homme 40 000 euros. Tous deux bénéficient d’une augmentation de 3 %.
L’écart initial de 4 000 euros passe à 4 120 euros. Le pourcentage d’augmentation est identique, mais l’écart absolu, lui, s’est légèrement creusé.
L’intérêt de ce chiffre de 0,24 point est justement de rappeler qu’un bon indicateur peut masquer une réalité plus complexe. Lire uniquement le taux d’augmentation – comme c’est le cas aujourd’hui pour l’Index de l’égalité professionnelle – revient à observer la surface du système, sans voir ce qui le structure en profondeur.
Trois dimensions sont particulièrement importantes :
Dans ce contexte, une quasi-parité des augmentations peut coexister avec des écarts de rémunération persistants. Les données du Baromètre social de Silae montrent d’ailleurs que l’écart salarial moyen atteint 8,47 % et qu’il dépasse 13 % chez les cadres. Ces chiffres suggèrent que les inégalités ne se jouent pas uniquement dans les campagnes d’augmentation, mais aussi dans la distribution des responsabilités et des trajectoires professionnelles.
Lorsque l’on élargit la lecture, plusieurs facteurs structurels apparaissent.
D’abord, la taille de l’organisation. Les écarts de rémunération observés dans les entreprises de plus de 250 salariés sont nettement plus élevés que dans les TPE. La complexité hiérarchique, la concentration des fonctions stratégiques et la structuration des parcours internes peuvent accentuer les divergences salariales au fil du temps.
Ensuite, la distribution des responsabilités. Les femmes restent minoritaires dans les fonctions dirigeantes. Or l’accès aux postes de décision constitue l’un des principaux moteurs des trajectoires salariales.
Enfin, la dynamique de carrière. L’écart de rémunération tend à s’accentuer avec l’âge, ce qui suggère que les différences se construisent progressivement au fil des parcours professionnels.
Ces éléments rappellent que l’égalité salariale ne dépend pas uniquement des campagnes d’augmentation annuelles. Elle repose aussi sur la manière dont les carrières se structurent dans l’organisation.
Les bons indicateurs à suivre pour avoir une vision plus complète que le seul taux d’augmentation.
La quasi-parité des augmentations constitue un signal encourageant, mais elle ne doit pas être interprétée comme une preuve d’égalité salariale. Le baromètre de Silae montre, au contraire, que l’enjeu se situe dans la profondeur des trajectoires : salaire de départ, progression, accès aux promotions et positionnement dans l’organisation.
La directive européenne sur la transparence salariale introduit justement une approche plus structurelle. Les entreprises devront analyser leurs écarts de rémunération, identifier les situations où ces derniers dépassent certains seuils et être en mesure de les justifier.
L’enjeu pour les entreprises ne sera pas seulement de veiller à la répartition des augmentations. Il consistera aussi à observer les trajectoires salariales dans leur ensemble, afin d’identifier les mécanismes qui entretiennent les écarts.
Chaque trimestre, Silae publie une analyse approfondie des transformations du travail à partir d’un matériau unique : les données réelles issues des bulletins de paie. Retrouvez tous les enseignements de notre première édition consacrée à l’égalité salariale. Souvent abordée sous l’angle de la conformité, les chiffres montrent qu’elle relève aussi, et surtout, de trajectoires, d’organisation du travail et de décisions de pilotage.