C’est pourtant là que se joue l’enjeu : derrière ce score sur 100 points se cache une photographie utile de la réalité salariale d’une organisation, mais aussi de ses angles morts. Et les données sont sans appel. Selon notre Baromètre social 2026 sur l’égalité salariale, analysant plus de 6,7 millions de bulletins de paie, l’écart de salaire moyen net entre femmes et hommes s’établit à 8,47 %, soit 179 euros nets mensuels. Un écart qui se multiplie par 5,8 entre l’entrée dans la vie active et l’âge de 50 ans.
Autrement dit, l’Index de l’égalité professionnelle ne mesure pas un état stable. Il capture une dynamique cumulative que trop peu d’entreprises pilotent vraiment. Comprendre comment il se calcule, ce qu’il oblige et ce qu’il ne voit pas, c’est déjà commencer à mieux piloter les rémunérations.
Instauré par la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, l’Index permet à chaque organisation de se noter sur 100 points, à partir de quatre ou cinq indicateurs selon sa taille. Il mesure les écarts entre femmes et hommes sur des dimensions clés : rémunération, augmentations, promotions, retour de congé maternité, représentation dans les plus hautes rémunérations.
Son objectif est double : rendre visibles les inégalités là où elles existent, et contraindre les entreprises à agir pour les réduire. Sur ce point, le dispositif a eu un effet réel, notamment parce qu’il combine obligation de publication, logique de sanction et pression réputationnelle avec la crainte du « name and shame ». Mais il mesure surtout les résultats d’un système, pas ses causes profondes.
L’Index s’applique aux entreprises de 50 salariés et plus, avec un calendrier de publication identique pour toutes : avant le 1er mars de chaque année, sur la base des données de l’année civile précédente. Les entreprises de 50 à 250 salariés calculent quatre indicateurs. Celles de plus de 250 salariés en calculent cinq, avec un indicateur supplémentaire sur l’écart de taux de promotions.
Les résultats doivent être publiés sur le site internet de l’entreprise, transmis aux représentants du personnel (CSE), déclarés sur la plateforme Egapro du ministère du Travail et communiqués à la DREETS (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités), qui est l’instance de contrôle compétente.
C’est l’indicateur le plus lourd. Il mesure l’écart de salaire moyen en équivalent temps plein entre les femmes et les hommes, à poste et tranche d’âge comparables, au sein de chaque catégorie socioprofessionnelle (cadres, professions intermédiaires, employés, ouvriers).
La logique est simple : plus l’écart est faible, plus le score est élevé. L’écart peut être positif ou négatif selon le sens de la différence. L’objectif n’est pas de favoriser un genre, mais de tendre vers l’égalité réelle dans les deux sens.
Il mesure la différence entre le pourcentage de femmes et le pourcentage d’hommes ayant bénéficié d’une augmentation individuelle dans l’année. Un salarié promu sans augmentation au sens strict n’est comptabilisé que dans l’indicateur promotions.
Pour obtenir le score maximum, cet écart doit être faible ou, si la population la moins bien rémunérée est aussi celle qui a été le plus augmentée, cela est valorisé.
Une entreprise compte 100 salariés, dont 50 femmes et 50 hommes.
Au cours de l’année, 20 femmes et 25 hommes ont bénéficié d’une augmentation individuelle. Le taux d’augmentation des femmes est donc de 20/50 =0,4 soit 40 % et celui des hommes est de 25/50=0,5, soit 50 %.
L’écart de taux d’augmentation entre les femmes et les hommes est en conséquence de 0,5−0,4 = 0,1, soit 10 points de pourcentage.
Cet indicateur, réservé aux entreprises de plus de 250 salariés, évalue la différence de taux de promotions entre femmes et hommes dans l’année, soit avec un changement de catégorie professionnelle, soit avec un passage au statut cadre.
La logique de scoring est identique à l’indicateur 2 : l’écart doit être faible ou en faveur de la population la moins bien rémunérée. C’est justement sur cet indicateur que se joue le cœur des trajectoires salariales. Et pour cause, une promotion produit un effet de bascule beaucoup plus structurant qu’une augmentation annuelle.
Cet indicateur vérifie que toutes les salariées revenues d’un congé maternité ont bien été augmentées dans les mêmes conditions que le reste du personnel. Si toutes l’ont été, l’entreprise obtient le score maximal. Si une seule n’a pas été augmentée, le score tombe à zéro. Il n’est évidemment pas calculable en l’absence de retours de congé maternité sur la période, ou si aucune augmentation n’a été accordée dans l’entreprise durant cette même période.
Le principe paraît simple, mais il renvoie à une réalité plus profonde : la maternité ne devrait pas être traitée comme une parenthèse pénalisante dans les parcours professionnels. L’indicateur a donc une utilité forte, même s’il ne suffit pas à lui seul à mesurer les effets de carrière liés à la parentalité.
Il compte le nombre de personnes du sexe sous-représenté parmi les 10 salariés les mieux payés de l’entreprise. Le score est attribué selon un barème : 5 points si les deux sexes sont représentés à parité (4 ou 5 personnes du sexe minoritaire), 10 points au maximum, 0 point si les 10 postes appartiennent au même genre.
C’est l’indicateur le plus révélateur du plafond de verre. Selon les données de l’Index de l’égalité professionnelle 2025publiées par le ministère du Travail, seulement 29 % des entreprises obtiennent la note maximale de 10/10 sur cet indicateur, tandis que 31 % obtiennent encore 0/10, c’est-à-dire moins de deux femmes dans leur top 10.
Écart de rémunération : 40 points
Écart de taux d’augmentations : 35 points
Écart de taux de promotions : Non applicable
Retour de congé maternité : 15 points
Top 10 des rémunérations : 10 points
Écart de rémunération : 40 points
Écart de taux d’augmentations : 20 points
Écart de taux de promotions : 15 points
Retour de congé maternité : 15 points
Top 10 des rémunérations : 10 points
L’Index donne lieu à trois niveaux d’obligation selon le score obtenu :
En pratique, les scores moyens restent relativement élevés. L’Index de l’égalité professionnelle 2025 affiche une moyenne de 88,5/100 pour les entreprises de 50 salariés et plus, avec un taux de participation record de 80 %. Mais cette moyenne masque de fortes disparités : seules 2 % des entreprises obtiennent la note maximale de 100/100, et 69 entreprises affichent une note inférieure à 75 depuis quatre ans consécutifs.
L’Index mesure des flux annuels, mais il ne capte pas toujours les mécanismes cumulatifs qui fabriquent les écarts dans la durée. C’est là que les directions RH et paie doivent aller plus loin que la simple conformité.
Trois angles morts méritent une attention particulière :
Au-delà de la conformité, les entreprises qui traitent leur Index comme un outil de gestion et non comme une obligation à remplir, s’appuient généralement sur trois leviers :
L’Index ne résout pas à lui seul les inégalités structurelles. Mais utilisé comme un outil de lecture, de suivi et d’action, il peut aider les entreprises à mieux piloter leurs rémunérations et leurs parcours.
Que se passe-t-il si l’index est inférieur à 75 ?
Un score inférieur à 75 n’entraîne pas une sanction immédiate, mais il oblige l’entreprise à corriger les écarts dans un délai de trois ans. Elle doit publier des mesures de correction et de rattrapage, en concertation avec les représentants du personnel. À défaut de progrès au terme de ce délai, une pénalité financière peut être prononcée.
L’Index mesure-t-il vraiment l’égalité salariale ?
Pas entièrement. L’Index mesure des écarts à un instant donné à partir d’indicateurs définis par la loi, mais il ne capte ni tous les effets cumulés des parcours, ni l’ensemble des mécanismes qui fabriquent les inégalités dans la durée. C’est un bon outil de conformité et de lecture, mais pas une photographie complète de l’équité salariale.
Faut-il publier le détail par indicateur ?
Oui, les résultats de l’Index doivent être publiés avec suffisamment de visibilité pour permettre leur consultation, et chaque entreprise doit aussi les déclarer via la plateforme officielle. Au-delà de l’obligation, publier le détail par indicateur est utile pour identifier les zones de tension et montrer que l’entreprise ne se contente pas d’un score global.
Combien de temps les résultats doivent-ils rester en ligne ?
Les résultats doivent rester accessibles pendant une durée minimale qui permet leur consultation par les salariés et les parties prenantes concernées. Dans une logique de transparence, il est préférable de les conserver de manière pérenne dans les archives du site ou dans une rubrique dédiée à l’égalité professionnelle.
À quoi sert Egapro concrètement dans la démarche ?
Egapro est la plateforme officielle de déclaration de l’Index. Elle centralise le dépôt des résultats et facilite le suivi administratif de l’obligation. Pour les équipes RH et paie, c’est aussi un point d’appui utile pour structurer la collecte des données et sécuriser la conformité.